Archives de Catégorie: Albums

De l’utilité des lunettes chez le bibliothécaire

En 2011, quand une illustratrice jeunesse représente une bibliothécaire, c’est encore affublée de lunettes… et de son inséparable chignon. Car, c’est bien connu, pour être bibliothécaire, il vaut mieux porter des lunettes ! Le sourire, bien sûr, est en option.


Apparemment, ce stéréotype est fortement imprégné dans l’imaginaire collectif… puisque même des créatures abstraites, bibliothécaires de leur état, se reconnaissent à leurs lunettes. Évidement, là aussi, vous pouvez repasser pour le sourire ! Ici, cependant, le parti pris est clairement humoristique. Et, si l’on se fie au texte qui accompagne l’image, on pourrait aussi lire que ce type de bibliothécaire est devenu un spécimen rare : « les jeunes diplodocumentalistes viennent juste pour l’admirer ».

En 2011, on peut aussi croiser la route de bibliothécaires dans les jeux vidéo. Bonne nouvelle, ce spécimen-ci ne porte pas de lunettes !

C.A.

Les livres : June et Léa de Sandrine Bonini, illustrations de Sandra Desmazières, éditions Le Baron perché, 16 € ; Les nouveaux dinosaures de Noé Carlain, illustrations de Kaas Verplancke, éditions Sarbacane, 14,90 €

Le jeu : The Elder Scrolls V Skyrim

Illustrations des extraits : Sandra Desmazières et Kaas Verplancke

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L’Homme-Bonsaï de Fred Bernard et François Roca

Je suis peu sensible au style des illustrations de François Roca (bien qu’elles soient de grande qualité), en revanche, je me laisse facilement entraîner par les talents de conteur de Fred Bernard. Et je dois dire que leur duo répété suscite mon intérêt presque systématiquement. A la manière des « comparses » Burton-Depp, on ne change pas une équipe qui gagne ! Certains de leurs titres m’ont particulièrement touché : Cheval vêtu, L’Indien de la Tour Eiffel, Jésus Betz, Ushi, mais aujourd’hui, je ne vais vous parler que de l’Homme-Bonsaï.
Le Capitaine O’Murphy est un vieux de la vielle. Un soir, il raconte une aventure marquante qu’il a vécue aux derniers clients qui trainent encore dans la taverne du Homard manchot. En avril 1894, alors que lui et son équipage sont sur le pont du Narval, ils aperçoivent un immense arbre enchâssé dans un navire du XVIIIe siècle. Le Capitaine, accompagné de deux hommes, décide d’aborder et fait la découverte la plus extraordinaire qui soit : ce « navire arborescent » est la terre d’un arbre qui parle. Celui-ci prétend avoir été un homme jadis, nommé Amédé, et, sans plus tarder, il se lance dans le récit de sa propre histoire. Kidnappé par une bande de pirates, il aurait été abandonné sur une île déserte sur laquelle se dressait un arbre immense. En passant un jour sous ses branches, quelque chose lui serait tombé sur la tête. Une graine sans doute, puisque le lendemain, il constate qu’un arbre est en train de prendre racine à l’exact endroit où elle était tombée. Quelques temps plus tard, il est recueilli et soigné sur le navire de marins chinois. Il comprend alors que c’est dans le petit arbre qui siège sur le haut de son crâne que réside l’essence de sa vie, sa force et sa vitalité…
J’avoue avoir relu le texte plusieurs fois car je ne suis pas parvenue à en comprendre la chute (notamment cette histoire de « mauvaise graine qui ne s’attaque qu’aux matelots »)*. Il n’empêche que cette histoire m’inspire tout de même quelques réflexions, sans grande prétention, notamment sur la longévité potentielle d’une existence mais surtout sur son intérêt. A en croire l’homme-bonsaï, il ne fait pas bon vivre si longtemps. A tel point qu’il demande une assistance pour en finir. Mais c’est Amédé qui s’exprime ici. Amédé emprisonné dans le tronc d’un arbre, condamné à dériver sur un bateau sans pouvoir « ni penser, ni songer ».
Cet album a été adapté en bande dessinée par Fred Bernard lui-même, qui en plus de manier la plume avec art sait aussi gribouiller ! Les quelques planches que j’ai pu apercevoir, m’ont l’air plutôt convaincantes.

C.A.

* Edit : N’y tenant plus, j’ai demandé l’avis de ma collègue S. quant à l’interprétation à donner à cette fin de l’histoire. Selon elle, la graine tombée sur les cranes des trois hommes n’a pu germer sur celui du capitaine parce qu’il est déjà trop vieux. Or, l’arbre puise sa vitalité dans la force de son hôte. Pas bête ! Et vous, qu’en dites-vous ?

Le livre : L’Homme-Bonsaï de Fred Bernard, illustrations de François Roca, éditions Albin Michel jeunesse, 14,90 €
La BD : L’Homme-Bonsaï de Fred Bernard, collection Mirages, éditions Delcourt, 14,95 €

Illustration de la couverture : Fred Bernard
Illustration de la couverture de la BD : Fred Bernard ; Couleurs : Delphine Chedru


Sacré Père Noël de Raymond Briggs

Jour de Noël oblige, je ne ferai certainement pas dans l’originalité en vous présentant un album de Noël. Mais celui-ci, n’est pas comme les autres ! Jugez vous-même. C’est l’histoire du 24 décembre à travers le quotidien du Père Noël en personne. Et on découvre un vieux bonhomme ronchon qui rouspète à tout bout de champ. A le voir ainsi déambuler, on pourrait presque croire que cette « sacrée » nuit de Noël est pour lui une véritable corvée… En tout cas, rien de l’intimité de ce vieux monsieur ne nous est épargné : du petit déjeuner jusqu’à la pause petit coin. Et puis, la nuit venue, Père Noël tire son traineau du garage et largue les amarres. Bravant les intempéries, il n’hésite pas à s’octroyer une pause casse-croûte entre deux toits et même à savourer une coupe de rouge que des petits enfants, sans doute, ont laissé à son attention.
J’adore ce Père Noël bougon, qui aime les plaisirs de la bonne chère et du vin. Au quotidien rythmé par ses menues habitudes que la nuit du 24 décembre vient complètement chambouler. Un Père Noël un peu comme vous et moi finalement, bien loin, donc, des clichés éculés qu’on voudrait bien continuer à pendre derrière son traineau !

C.A.

Le livre : Sacré Père Noël de Raymond Briggs, collection Bandes Dessinées, éditions Grasset jeunesse, 10,90 €

Illustration de la couverture : Raymond Briggs


Monsieur Pan de Kathrine Kressmann Taylor et Princesse Camcam

Dans un style soigné, Kressman Taylor nous conte l’histoire de ce vieil homme, Monsieur Pan, terrorisé à l’idée de mourir. Son quotidien en est donc terriblement affecté : gestes étriqués, pensées sèches, hyperboles dramatiques, le portent jusqu’à cette journée, où, ayant pris froid, il tousse 3 fois. Monsieur Pan se voit déjà mourir et ne tarde pas à se coucher dans son lit de mort. C’est ainsi qu’il renvoie le messager venu l’avertir que sa sœur, mourante elle aussi, souhaite le voir une dernière fois. Une poignée de jours plus tard, Monsieur Pan est rétabli. Sa sœur, quant à elle, est vraiment partie. Vêtu de son habit de deuil, il se rend chez elle et recueille les trois petits orphelins qu’elle laisse derrière elle. Les enfants vont ainsi apporter joie, mais surtout vie, au quotidien du vieil homme qui à force d’angoisses existentielles, avait fini par en oublier l’essentiel : le goût des choses simples qui peuplent la vie, silencieusement.
Petit conte de sagesse, Monsieur Pan nous invite à prendre le temps d’apprécier ce que la tourmente de notre vie quotidienne nous empêche de voir. Pour les cœurs abîmés dans la souffrance de cette peur folle de vivre, il offre un baume à nul autre pareil. A savourer, donc, une fois la pédale de l’accélérateur enfin relâchée…

C.A.

Le livre : Monsieur Pan de Kathrine Kressmann Taylor, illustrations de Princesse Camcam, éditions Autrement jeunesse, 14,50 €

Illustration de la couverture et de l’extrait (disponible sur le portfolio de l’artiste) : Princesse Camcam


The Night Life of Trees [La vie nocturne des arbres] de Bhajju Shyam, Durga Bai et Ram Singh Urveti

Petite merveille de l’éditeur indien Tara Books, cet album n’a pas encore été traduit en France à ce jour, ce que l’on ne peut, finalement, que déplorer ! Et pour cause, ce livre, « handmade », c’est-à-dire fabriqué à la main, propose une vision très onirique des arbres, dans le style si caractéristique de la tribu des Gonds. Cette tribu, qui vit dans le centre de l’Inde, accorde aux arbres une place centrale. The Night Life of Trees entend donc montrer comment l’esprit des arbres se révèlent à eux-mêmes, la nuit, une fois que leurs visiteurs diurnes les ont désertés.
Pour produire ce livre, trois artistes se sont unis ici : le désormais célèbre Bhajju Shyam, à qui l’on doit également Mon voyage inoubliable : un artiste indien hors de chez lui (Syros jeunesse 2006), Voilà comment je vois les choses (Syros jeunesse 2007) et La Petite Sirène (Syros jeunesse 2009) ; Durga Bai à qui l’on doit Un, deux, trois… dans l’arbre ! (Actes Sud junior 2006) et Les animaux musiciens (Actes Sud junior 2008) ; enfin Ram Singh Urveti.

Voici un extrait (et sa traduction maladroite) que je trouve assez drôle :

The marriage of desire and intoxication

According to legend, the Ganja plant and the Mahua tree are husband and wife. The were human beings once, lovers who could not marry because they came from different castes. Refusing to be separated, they went deep into the jungle and took their own lives. They were re-born as plants on the spot where they died. Seeing the beauty of their love, Shankar Bhagwan, the creator, named them Ganja and Mahua, cannabis and alcohol.

Le mariage du désir et de l’intoxication

Selon la légende, la plante Ganja et l’arbre Mahua sont mari et femme. Autrefois, ils étaient des êtres humains, amoureux, qui ne pouvaient pas se marier ensemble parce qu’ils venaient de castes différentes. Refusant de se séparer, ils s’enfoncèrent profondément dans la jungle où ils vécurent leur vie. Ils ressuscitèrent en tant que plantes à l’endroit où ils moururent. Voyant la beauté de leur amour, Shankar Bhagwan, le créateur, les appela Ganja et Mahua, cannabis et alcool.


La couverture qui figure ci-dessus correspond à la cinquième édition du titre (première édition en 2006). Comme les autres, elle fait partie d’un tirage limité (2000 exemplaires pour ce cinquième tirage).

C.A.

Le livre : The Night Life of Trees de Bhajju Shyam, Durga Bai et Ram Singh Urveti, éditions Tara Books, 39,95 $

Illustration de la couverture : Durga Bai
Illustration de l’extrait : Ram Singh Urveti